Baltimore a un temps fait figure de refuge après la chute de Washington de la main du Senex en 1974. C’est ici que Persival James Winthrope est censé s’être installé avec son captif Aemos, dans le quartier de Lexington, ignorant du destin sinistre de la ville.

Baltimore est aujourd’hui une terre sacrifiée, dévastée par la sauvagerie païenne et les rituels sanglants qui imbibent ses ombres. La ville est un bourbier maléfique que le Dominion préfère ignorer, tant pour oublier l’échec cuisant que représente sa perte aux mains de barbares que pour éviter d’exciter les forces obscures qui sont ici à l’œuvre.

La nuit du 21 décembre 2012, date consacrée comme marquant la fin apocalyptique du Quatrième Âge selon les croyances Maya et Olmèques, une horde impitoyable se déversa dans les rues, les refuges, les Elysiums de la ville et balaya la moitié des membres de la Famille. En quelques heures, Baltimore devint Mictlàn, incarnation terrestre de ce lieu de mort, enfer pourrissant et souterrain où s’accumulent les défunts si l’on en croit les traditions aztèques. Les valeurs de la civilisation vampirique s’évanouirent dans une effroyable explosion de violence tandis que les mystérieux assaillants étrangers, les Yaotzin, investissaient la cité pour en occuper les lieux auxquels leurs croyances accordaient quelque pouvoir mystique.

Mictlantecuhtli et Quetzalcoatl, selon le Codex Borgia.

Si Mictlàn est le séjour des morts placé sous l’autorité du cruel dieu des enfers Mictlantecuhtli, il serait également à l’origine de l’humanité actuelle animée à partir des ossements qu’en aurait ramenés le dieu Quetzalcoatl. Le terme de Yaotzin semble quant à lui faire référence au « guerrier ressuscité », Huitzilopochtli, dieu aztèque de la guerre et du soleil. Il est ainsi malaisé de saisir au milieu de ces allusions religieuses les motivations réelles des Yaotzin mais leur désintérêt pour les richesses temporelles de la ville semble indiquer que Baltimore revêt une importance magique particulière, que ses profondeurs recèlent une source de puissance obscure de nature à intriguer l’Ordo Dracul et alerter les Mekhet qui savent encore à quelle fin ils ont été créés.

La vague sanglante des Yaotzin soutenus par des gangs fanatisés a écarté le Dominion de Baltimore mais une résistance féroce subsiste. Depuis le quartier de Dundalk, le Chien de Guerre, ancien serviteur du Baron Orloc, refuse d’abandonner sa ville. Avec une poignée de compagnons, Joseph Cambion, Archibald Winston, Lucien Gabriel Chandlers, Amos Whitehead et Parsival Winthrope, le vieux chien tente de rendre coup pour coup.

Dickens, Doolin, Wilde et Beaumont établissent le contact avec la horde du chien au Fort Armistead, ruine d’une fortification militaire côtière visitée par des amateurs d’urbex en quête de sensations fortes. Des heurts avec la faune locale sont inévitables et Andrea Wilde libère enfin la Bête qui la consume. Le sentiment d’impunité baignant ces lieux saturés de mort et de violence, le danger omniprésent et les provocations ont vraisemblablement conduit la Daeva à convoquer la déesse assoiffée de pouvoir et de sacrifices qui dort dans le sang de ces vampires imprévisibles. Le carnage est retentissant et Belmont met Wilde en sécurité après que la sécurité du fort l’a neutralisée.

Fort Armistead

Pendant ce temps, Doolin et Dickens s’introduisent dans le fort et parviennent à rencontrer le chien dans un bunker sécurisé aux airs de QG de bataille. L’homme étonne par son pragmatisme et son dévouement compte tenu de la mission désespérée qu’il s’inflige et permet à la Coterie de s’entretenir avec Parsival Winthrope. Son protégé dans le cadre de cette guerre, son supérieur si un jour la situation devait revenir à la normale.

La discussion est presque franche. La coterie veut Aemos et prétend rétablir l’honneur et la crédibilité de Milton. Mais les motivations réelles des Cans importent peu à Winthrope qui sait parfaitement que laisser échapper Aemos le priverait de son seul moyen de pression sur Verdena, permettant à l’Ancienne de peser sans contrainte sur Atlantic City et tout le Dominion. Winthrope n’est pas fou, il ne concédera rien et établit poliment que les Cans représentent désormais pour lui une grave menace.

De toute manière, cette joute n’a que peu d’intérêt. Aemos est inaccessible, sans doute encore perdu quelque part dans l’ancien siège du pouvoir de Baltimore, le quartier de Lexington, ravagé puis délaissé par les Yaotzin qui n’y trouvèrent sans doute pas les troubles lieux sacrés qu’ils convoitent.

Si les Cans veulent Aemos, ils devront le chercher et plonger dans le chaos et la folie tout en sachant que Winthrope mettra tout en œuvre pour les neutraliser.

Tant de morts pour s’approprier des lieux de pouvoir au nom de traditions immémoriales. Comment ne pas voir dans les menées des Yaotzin la même obsession de Carlile pour les secrets souterrains de New York. Le sang versé ne peut servir qu’une seule cause : abolir la frontière entre les mondes, inviter sur Terre les créatures infernales qui violeront l’équilibre naturel, la Balance des Deux Terres. Mais tu sais que tout cela est réel, Belmont. Te voilà enfin face à tes responsabilités. Le temps des palabres est révolu car ton antique destinée doit désormais s’accomplir. Quel Khaibit fidèle à Seth ne rêverait pas de ce combat contre les menaces de l’infra-terre ?